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Etienne Tshisekedi Wa Mulumba

« L’UDPS ne peut pas accéder au pouvoir par la fenêtre, mais doit l’acquérir par la grande porte. Et la grande porte c’est l’organisation des élections libres, démocratiques et transparentes… Donc ça sera l’issue de 25 ans de lutte, comme nous sommes certains de notre victoire»

-- Propos d’Etienne Tshisekedi à Congoboston, l’Hôtel Homestead, Waltham

Boston, Massachusetts, Juillet 2004

VOLUME 1 : QUESTIONS PAR L’EDITEUR-EN-CHEF FRANKLIN KATUNDA

 

Franklin Katunda : Bonsoir M.Etienne Tshisekedi. Nous vous souhaitons la bienvenue à Boston. C’est un honneur pour nous de jouir de votre disponibilité de répondre à nos questions pour le compte du website Congoboston. La première question que j’aimerais vous poser se rapporte à l’histoire du Congo. De la table Ronde de Bruxelles à la Loi Fondamentale jusqu’à l’Accord de Pretoria, passant par la Conférence Nationale Souveraine. Quel est votre avis comparant tous ces efforts que les Congolais consentent depuis tout ce temps pour bâtir leur pays, et  la derniere guerre civile qui les paralysa?

 

Etienne Tshisekedi : Bonsoir M. Katunda, j’ai toujours donné l’exemple en comparant le Congo à un enfant qui naît ; il est né le 30 juin 1960, et comme tout enfant il a besoin de grandir. Et tous les rendez-vous que vous venez de citer sont, comme vous les appelez si bien, les efforts d’un enfant qui grandit et qui essaye de tout faire pour résoudre tous les défis qui se présentent à lui mais de fois sans succès. Justement, par ce que nous n’oublions pas que l’enfant est mineur ; il n’a pas suffisamment d’expériences…La plupart de ces efforts échouent, mais quand même cela lui fait toujours avancer en quelque chose et cela ajoute toujours à la maturité qui doit être sienne quand il aura l’âge de maturité. Et je crois que ce moment d’âge de maturité 44 ans après l’indépendance, c’est ce moment-là pendant lequel la majorité du peuple congolais demande maintenant la Démocratie. Quand un peuple demande la démocratie c'est-à-dire que le régime est le seul à designer ses propres gouvernants ! C’est cela que je dis que ce peuple a atteint la majorité… voilà pourquoi tout ce que nous avons toujours fait et que vous venez de citer: tous ces efforts, la lutte que UDPS a menée contre les dictatures Mobutu, Kabila le père et Kabila le fils. Tout cela fait partie de ces efforts de maturation du peuple congolais et au moment où nous parlons, comme vous le savez, le peuple est entrain de se préparer pour les échéances électorales qui doivent avoir lieu au plus tard le 30 juin 2005. A ce moment là, il pourra être autonome comme un enfant que les parents libèrent parce qu’il est arrivé à l’âge de majorité ; il peut [le peuple] donc évoluer de manière autonome dans la vie. Voila pourquoi il y a d’abord les échecs dont nous parlons, mais aussi il y a la réussite parce que, une fois de plus, la réussite aura lieu avec les échéances électorales qui viennent.

 

Franklin Katunda : Ma deuxième question est tirée de l’adresse de l’UDPS du 29 juin 2004 sur l’indépendance du Congo, et je vais citer juste une phrase; "La date du 30 juin 1960 constitue un grand jour pour nous congolais; Le jour du plus grand rendez-vous de la nation congolaise avec l’histoire" Expliquez-nous et surtout aux congolais de la diaspora des USA ce que cela veut dire…Le grand jour dont vous êtes en train de parler, lorsque nous voyons que notre pays n’a pas toujours atteint l’indépendance; je parle ici de l’indépendance politique et économique vis-à-vis de l’extérieur ?

 

Etienne Tshisekedi : Oui, en fait d’après moi. C’est cela justement le rendez-vous avec l’histoire, c’est cela la naissance parce que n’oublions pas qu’il n’y avait pas la nation congolaise ou l’état congolais auparavant. Nous étions, le Congo belge, une colonie qui était dirigé par les colons belges pour l’intérêt de la Belgique. Mais, cette date du 30 juin 1960 est un grand rendez-vous de notre de notre pays avec l’histoire, parce que c’est cette date justement, comme je viens de le dire, qui constitue la naissance du Congo comme sujet du droit international ; donc c’est un grand rendez-vous. Vous parlez de l’expérience, c’est exactement ce que je venais d’expliquer que le Congo sans expérience a reçu cette indépendance-là ; sans expérience politique dans la gestion d’un état moderne dans la gestion. Il a fallu qu’il fasse un apprentissage, avec tous les efforts dont nous avons parlé tout à l’heure pour réussir, mais ça n’allait pas car il n’avait pas encore l’age qu’il fallait et bientôt ces efforts vont être couronnés dans une année par les élections. En ce moment-la, je suis sure que nous aurons établi un état de droit, et nous aurons toutes les conditions pour démarrer notre lutte pour le développement et contre la pauvreté.

 

Franklin Katunda: Une de citations venant de ce même message disait : « la diaspora congolaise a cessé d’être un ramassis d’apatrides à la recherche d’un bonheur introuvable, elle se révèle aujourd’hui comme une force morale et un lobby non négligeable dans l’intérêt de la reconstruction de notre Etat » Ici, tout en partageant votre avis, j’aimerais illustrer ce qui se passe dans la diaspora, notamment ici aux Etats-Unis : Il y a eu trois marches de protestation de Congolais en espace d’un mois, à DC Washington, juste après l’annonce qu’il y avait de troubles au Kivu et à Kinshasa. Les Congolais ont marché vers la maison blanche, au département d’Etat, au Capitole (Congrès) pour dénoncer l’action timide de la communauté internationale au Congo, parmi ces congolais nous étions présents et nous avions adressé des lettres ouvertes aux autorités américaines qui sont à Washington. Quelles sont vos impressions là-dessus, prenant l’exemple de ce qui s’est passé à Washington DC ?

 

Etienne Tshisekedi : Mais ce ne sera pas que des impressions… Vous venez de l’affirmer, j’ai dit que la diaspora n’est plus « un ramassis d’apatrides », mais cela ne vient pas de mes impressions ce que vous avez fait ici ; Ce que vous avez fait n’est qu’une illustration de ce que j’avais dit quelques jours avant votre marche que les Congolais de la diaspora se joignent aux congolais au pays pour faire les efforts dont nous avons parlé dès le début, dans l’élan de croissance pour pouvoir affirmer leur personnalité d’abord et la personnalité du pays. Donc encore une fois, le Congo atteint son âge majeur, l’année prochaine, avec les élections ; En cela, y compris les efforts de cette diaspora congolaise qui se joint, comme je l’ai dit, à la lutte des congolais de l’intérieur pour que nous puissions ensemble réussir cette lutte de la majoration de notre pays s’acheminant vers les échéances électorales. Donc si vous voulez souligner là-dessus qu’à l’extérieur comme à l’intérieur, les Congolais font tout ce qu’il faut pour que nous arrivions à cette date. Nos voulons constituer comme tout le monde, un Etat de droit au départ du quel, et avec l’expérience que nous avons tous de notre croissance pour mener la lutte avec efficacité contre la pauvreté, la lutte pour le développement. Donc c’est un hommage que je rends par-là aux compatriotes qui sont ici à l’étranger. Et par-là, c’est aussi un encouragement afin qu’ils puissent continuer, qu’ils ne laissent pas tomber les bras, qu’ils ne puissent pas se laisser gagner par une vie d’égoïsme ; Se disant : « … Moi je suis bien ici, chez nous on meurt de faim… Je n’ai pas besoin de tout cela ; je forme déjà ma famille et moi-même suis déjà casé quelque part, nous avons déjà un salaire assuré… ». Non, les Congolais de la diaspora doivent penser toujours en leurs responsabilités vis-à-vis du pays. C’est donc un hommage particulier que je leur rends tous.

 

Franklin Katunda : Quelle est votre opinion sur les deux candidats démocrate et républicain américain et comment est-ce qu’appréciez-vous leurs projets de société associés aux futures relations avec le Congo ? S’ils prenaient aujourd’hui le pouvoir, les démocrates, pensez-vous qu’il y ait de bonnes relations bilatérales entre le Congo et les USA après les élections au Congo ?

 

Etienne Tshisekedi : Oui, entant que démocrate, je crois que je dois beaucoup de respect au choix du peuple américain. Je n’ai pas de préférences entre les partis qu’il soit candidat d’un parti républicain ou qu’il soit du parti démocrate. Cela n’est pas mon problème ; mais le problème est que je respecterai le choix du peuple américain. Parce que quelque soit la personne sur la quelle le peuple américain se serait exprimé, le Congo devra entretenir les meilleures relations, non seulement avec les Etats-unis, mais aussi avec les autres pays du monde. Tout le monde sait qu’avec l’avènement de la mondialisation, le monde est devenu un village ; donc il faudra que toute bonne diplomatie, une diplomatie réaliste fasse que nous soyons en très bons termes avec tous les pays du monde; ceux dont les relations peuvent aider notre pays à avancer.

 

Franklin Katunda: Merci bien… Selon votre « formule de nationaliste », vous avez toujours parlé du fait que notre pays a été exploité par les étrangers et certains de biens pris au pays devraient être retournés au Congo. Pensez-vous que le Congo soit en mesure de récupérer son trésor qui est à l’étranger ; Les biens de valeurs et les sommes d’argent que certains despotes de l’époque, avaient laissé dans les banques européennes, américaines. Pensez-vous que c’est quelque chose que l’on puisse réaliser, si vous prenez le pouvoir aujourd’hui… Et de telle sorte que nous puissions les remettre tous au trésor public du Congo ?

 

Etienne Tshisekedi : Absolument, c’est un devoir ! Il y a deux choses là-dedans qu’il faut voir: Il y a d’abord de biens confisqués qui tiennent des biens du pays, notamment l’argent, il faut plutôt que le gouvernement congolais utilise le droit international pour rentrer en possession de tout ce qui lui avait été volé ou pillé. Nous ferons de ce droit international tout ce qui est possible d’être fait pour cela. Mais il y a des biens presque impérissables ça aussi c’est en menant, comme je viens de le dire tout à l’heure, une bonne diplomatie avec tous les pays du monde par le moyen de la diplomatie que l’on peut volontairement récupérer les biens. En tout cas, tous les efforts seront fait d’un coté ou de l’autre pour que le Congo puisse rentrer en possession de ces biens-là.

 

Franklin Katunda : La politique au Congo pendant et avant la CNS était marquée d’un mal qui a bloqué trop longtemps notre pays; « le vagabondage politique ». Après la CNS et l’arrivée de Kabila, la classe politique fait face à une rébellion armée, et tentatives de se rebeller contre l’unité nationale. Qu’entrevoyez-vous pour le futur?

 

Etienne Tshisekedi : D’abord le vagabondage politique fait partir de l’apprentissage politique dont je vous aie parlé tout à l’heure. Pour devenir majeur, un enfant va de fois tomber et se remettre debout pour apprendre à marcher quand il est bébé. La période où il trébuche illustre exactement pour le Congo cette période de vagabondage politique. Quand les gens n’ont pas encore de culture politique ; ils apprennent tout dans leurs efforts d’apprentissage de la démocratie, l’apprentissage de la gestion de l’intérêt général du pays. Il faut reconnaître que toutes ces notions n’étaient pas encore dans les têtes des gens à l’âge où nous étions jeunes. Je crois aussi qu’avec l’avènement de la démocratie et les échéances électorales qui viennent, les Congolais vont s’acquitter de ce devoir de solidifier les institutions du gouvernement. La rébellion pour moi n’existera plus. Il ne faut plus rêver par ce que tout ce qui est arrivé au pays s’est fait d’abord avec la volonté de congolais, eux-mêmes, et avec le concours de la communauté internationale. On l’a fait depuis 1999 au DIC, où tous ces efforts du peuple congolais et de la communauté internationale ont abouti à ce que vous connaissez : l’Accord Global et Inclusif, et l’élaboration de la Constitution de la Transition. Il n’est pas dit qu’après tant d’années de guerre tout rentrerait dans l’ordre directement. Il y a toujours des opinions et de tendances; ce qui vous donne l’impression que la rébellion va recommencer. La rébellion ne va plus recommencer parce que tous les éléments essentiels qui font qu’elle ne recommence plus sont réunis. Donc je crois qu’il y aura plus rien dans ce sens. Parmi les éléments essentiels des accords qui élimineraient la rébellion, vous devez le savoir, il y a aussi la solution proposée à propos de la nationalité et le problème de nos compatriotes qu’on appelle les ‘Banyamulenge’. Mais il y a comme partout tout au long de nos frontières…car le Congo a neuf pays limitrophes dans toutes ces frontières. Il y a toujours de tribus ou ethnies qui sont divisées, une partie dans un pays et une autre dans le pays voisin. Mais il y a comme le même problème partout à travers toutes les frontières, parce que le Congo a neuf frontières avec les pays limitrophes ou voisins. Et dans toutes ces frontières, il y a toujours de tribus ou ethnies qui divisent un pays. Chez nous, c’est exactement ce phénomène du Kivu : Il y a des individus d’ethnie Tutsi qui sont au Congo, et dont le Congo est leur pays. Ces compatriotes, il faut le dire pour de raisons qui doivent absolument prendre fin, ont eu difficile à se faire une patrie parce qu’ils ont été contesté par la majorité de l’opinion de notre pays. Cela est un des facteurs qui est à la base de la guerre qui s’est passé dans notre pays. Comme vous le savez, le RCD regroupe ces compatriotes-là et il est dirigé par ces compatriotes. Je crois que c’est ce que les négociateurs aux accords de Lusaka ont compris en 1998 ou 1999 quand ils ont décidé que ces compatriotes sont congolais! Et on a prévu qu’ils prennent part aux réunions; d’abord ils étaient présents à Lusaka, pour négocier des accords. Et on a prévu qu’ils seront partis prenants au dialogue inter congolais. Au moment où nous parlons, il y a un ‘Munyamulenge’ qui est un des quatre vice-présidents de la république donc par conséquent les congolais ont eu la sagesse de mettre fin à ce problème. 1. Reconnaître la nationalité congolaise à ces compatriotes c’est un facteur qui était à la base de difficultés de guerre ou de rébellion que nous avons connue.

 

Franklin Katunda : Le chapitre six du livre « Le Congo, de Léopold II à Kabila » écrit par l’historien Zongola, professeur à Washington DC retrace la lutte contre la dictature de Mobutu et le règne de terreur; on y parle du massacre de creuseurs de diamants de Katekelay en 1979, le massacre des étudiants sur le campus de Lubumbashi en 1990, celui des chrétiens marcheurs pour réclamer la réouverture de la CNS. Pensez-vous que tous ces événements aient aidé aujourd’hui à ce que l’opposition puisse gagner et ramener la paix au Congo. Si oui, quelles sont les voies et moyens que vous entrevoyez en tant que leader de l’opposition pour véhiculer cette information à l’extérieur. A titre d’exemple, nous avons vu Nelson Mandela s’adresser aux universitaires à Harvard et dans d’autres universités. Allez-vous vous investir dans cette même mission d’animer des conférences académiques dans les universités américaines et Européennes pour informer le large public de ce qui s’était vraiment passé au Congo pendant tout ce temps?

 

Etienne Tshisekedi : Oui, vous devez déjà savoir que tout cela fait toujours parti, comme je vous l’ai dit tout à l’heure, des éléments qui ont permis à l’enfant naissant de croître, de grandir jusqu'à son age de maturité ; donc il n’y a pas quelque chose de nouveau là-dedans. Mais je vous dis que mon travail est tel que nous avons atteint une étape vers l’Etat de droit. Je dirais d’abord qu’au moment où nous parlons je suis déjà en train de commencer les bribes de l’écriture là-dessus particulièrement, m’attachant à la lutte que l’UDPS a menée contre la dictature. Mais aussi je ferai dans la mesure de mes moyens non pas pour imiter Mandela mais pour être efficace à ma manière; je ferais aussi que par des conférences que j'animerai, que tout le monde puisse mieux connaître notre pays. C’est d’ailleurs dans ce cadre-là que je pense un peu faire ce que je disais tout à l’heure. Il faudra que nous puissions mener une bonne diplomatie; c'est-à-dire la compréhension mutuelle afin que les pays avec les quels nous allons traiter soient favorables pour notre développement. Donc, je ferais tout ce qui est dans mes possibilités pour informer le plus de monde possible sur le drame de croissance du Congo.

 

Franklin Katunda : Avez-vous déjà pensé  à renforcer les branches de votre parti dans la diaspora des Etats-Unis, lequel regroupe beaucoup de professionnels qui peuvent être cadres de demain au Congo? Nous avons l’exemple de l’Israël, l’Irlande, et l’Italie qui utilisent comme classe politique et leur intelligentsia, ceux venant des Etats-Unis pour accomplir de grandes choses. Certains dirigent même à partir d’ici aux Etats-Unis...

 

Etienne Tshisekedi: Il ne faut pas voir les choses de la même manière qu’on les voit dans l’autoritarisme de l’Etat, moi je crois que le problème de la lutte contre la pauvreté que nous allons engager demain, c’est une lutte de tous les Congolais où qu’ils soient; Ils doivent être conscients, sachant que les raisons pour lesquelles ils avaient fui le pays n’existent plus maintenant. Je crois qu’un bon congolais, en bon compatriote doit se faire le devoir de dire ‘Il faut que je revienne au pays pour apporter ma pierre à l’édification de la nation… Il ne faudrait pas qu’il attende comme si le pays appartenait à Tshisekedi. Le leader de l’UDPS ne peut inviter qui il veut et comme il veut. Non! Ceci doit se faire par devoir de citoyen, de patriote qu’un congolais qui a acquis une expérience à l’extérieure puisse se sentir obliger de revenir au pays pour faire bénéficier de cette expérience.

 

Franklin Katunda : Quand vous gagnerez les élections, pensez-vous qu’il y ait une garantie d’une certaine manière et que les gens seront attirés de rentrer au Congo?

 

Etienne Tshisekedi Mais c’est cela l’Etat de droit. Je ne veux pas donner plus de garanties que les autres états dans les quels ils se trouvent. Là, nous allons avoir exactement la même forme d'états, parce que ça sera un état de droits attaché au respect de l'être humain. Donc il ne faut pas quand même qu’un bon patriote qui a ce qui peut bénéficier son pays exige plus que cela. Nous allons remplir toutes les conditions que remplisse un Etat moderne par conséquent il n’y aura pas d’excuse pour que quelqu’un ne revienne pas pour faire bénéficier son pays de l’expérience acquise à l’étranger.

 

Franklin Katunda: Un mot, président, sur l’organisation des élections prochaines au Congo. Dites-nous qu’est-ce que l’UDPS compte tirer de ces élections et comment est-ce que vous preparez ces élections?

 

Etienne Tshisekedi : Pour l’UDPS, c’est ça l’issue de 25 ans de lutte, l’issue normale de cette lutte pour la quelle il a combattu. Ca sera donc les élections comme quand nous étions à la rencontre avec les combattants, les gens m’ont demande pourquoi j’ai laisse passer plusieurs opportunités de prendre le pouvoir et qu’est-ce que l’UDPS attend… trop perdu de temps. Justement, j’ai répondu que l’UDPS ne se battait pas pour le pouvoir. L’UDPS se battait pour qu’il y ait la démocratie au Congo, donc l’UDPS ne peut pas accéder au pouvoir par la fenêtre, mais doit l’acquérir par la grande porte. Et la grande porte c’est l’organisation des élections libre, démocratique et transparente, donc ça sera l’issue de 25 ans de lutte, comme nous sommes certain de notre victoire, alors commencera une autre lutte contre la pauvreté pour le développement. Et si vous suivez ce qui se passe dans le pays de la capitale a Kinshasa aujourd’hui il y a plus d’une quarantaine de chaînes de télévisions et de radio et vous écouter n’importe qui un : paysan ou une maman maraîchère tout le monde sait qu’est-ce que sont les élections, tous disent que les élections doivent se tenir a la date prévu c'est-à-dire le 30 juin, donc tout le monde attend ça c’est l’exigence majeure de notre peuple, et nous sommes très heureux de pouvoir y accéder.

 

Franklin Katunda: Vous croyez que le gouvernement de transition a les moyens d’organiser ses élections ?

 

Etienne Tshisekedi : Oui, de toutes les façons, ce gouvernement de transition est composé de ceux qui étaient à Sun city, qui ont signé l’accord global inclusif et la constitution de la transition. Le texte prévoit la durée de deux ans et dans ce même texte il est prévu une prolongation de deux fois 6 mois. Mais, je dois vous dire que nous prétendions parler au nom du peuple à Sun City, c’est pourquoi nous avions prévu cela or depuis que le peuple est au courant de cette disposition, il s’y oppose catégoriquement ; Et si celui n’est pas d’accord, il pourrait y avoir un referendum là dessus. Donc, le peuple ne veut pas de prolongation; le peuple veut deux ans de transition - point à la ligne. Donc les pressions que nous faisons maintenant aux quelles se joignent les pressions de la communauté internationale ont pour but que le délai de deux ans soit respecté, c'est-à-dire la date butoir du 30 juin 2005, donc le gouvernement devra se débrouiller. Ce n’est pas notre affaire d’entrer dans leurs détails. Ils doivent être prêts à cette date de Juin 2005. Si non, c’est très simplement comme à cette date-là leur mission va terminer. Alors on verra quelle disposition prendre pour organiser les élections au pays ?

 

 

VOLUME 2 : QUESTIONS PAR L’EDITEUR CHRISTIAN KANONGA

 

 

Christian Kanonga : On vous connaît pour votre longue lutte pour la démocratie et l’établissement d’un état de droit au Congo. Alors qu’aujourd’hui le pays est dirigé par un gouvernement essentiellement composé de ceux qui ont choisi les armes comme moyens pour accéder au pouvoir. Comment jugez-vous le gouvernement de transition et le reste des institutions de la transition ?

 

Etienne Tshisekedi : Mais je suis signataire des accords global et inclusif. Lequel désigne les animateurs de la transition. Donc je suis tout à fait d’accord qu’il soit-là [le gouvernement], mais seulement connaissant ce qu’ils sont, je ne me fais pas d’illusion sur leur manière d’avancer, parce qu’ils n’ont ni culture politique, ni culture démocratique, ni expérience dans la gestion. Par conséquent je comprends les dégâts qu’ils comment jour et nuit. Mais peu importe comme je viens de le dire tout à l’heure ils sont soumis aux pressions intérieure et extérieur, en faite toute cette recréation, doit se terminer en deux ans avec l’organisation des élections libres, transparentes et démocratiques, c’est ce qui m’intéresse. Mais tout ce qui a été fait l’a été avec l’accord et moi j’ai signé cet accord au nom de mon parti.

 

Christian Kanonga : Avec le problème de l’armée qui n’est pas intégrée et professionnalisée, le niveau de délabrement des infrastructures de base, le manque d’éducation et d’instruction sur les mécanismes d’un état moderne et démocratique. Pensez-vous toujours que la démocratie soit la solution ultime pour le Congo, aujourd’hui ?

 

Etienne Tshisekedi: Comment pouvez-vous me poser une telle question … Il n’ y a pas de développement sans la démocratie. La démocratie ne doit pas être une solution à situation donnée. C’est le processus final de tout état dans la mesure où elle répond au besoin fondamental de l’homme ; lequel suppose que tous les hommes sont égaux devant Dieu et même dans leur nature. Personne n’à droit en situation normale de soumettre les autres à sa loi. C’est pour cela qu’il y a la démocratie. Et celui qui doit l’exercer doit le faire parce qu’il a été élu pour un mandat déterminé, donc on ne peut dire que la démocratie soit la solution ultime ou pas. La démocratie est l’étape finale après que nous étions dans les difficultés de croissance de l’état Congo qui naissait en 30 Juin 1960. Il a fallu un temps et un long itinéraire que nous avons fait, composé des haut et des bas, et pendant les quels il y a eu la dictature qui a profité du sommeil ou de la peur du peuple d’exiger leurs droits de l’homme. Et avec le temps, le peuple a pu se réveiller sur la houlette de l’UDPS. Au moment où nous parlons la démocratie doit être-là et personne ne peut marchander cette démocratie.

 

Christian Kanonga : Vous avez annoncé votre candidature à la présidence de la république. Comment jugez-vous les autres présidentiables déclarés ou non déclarés. Et quels sont les qualités et avantages que vous possédez personnellement qui vous placeraient en meilleure position pour diriger le Congo ?

 

Etienne Tshisekedi : Non, d’abord je ne me prononcerais jamais sur les autres candidats congolais, s’il y en a …cela n’est pas mon travail. Et pour moi-même, qualités ou pas je laisserai cela au peuple Congolais d’apprécier (Rires…)

 

Christian Kanonga : Aujourd’hui, la sécurité s’avère être ‘la priorité des priorités’, si jamais vous étiez élu à la magistrature suprême. Comment allez-vous vous y prendre pour garantir l’intégrité du territoire national, la sécurité des personnes et de leurs biens, moderniser et professionnaliser l’armée. Et quel sera le pourcentage du budget national que le gouvernement que vous allez former aura à allouer à la sécurité nationale ?

 

Etienne Tshisekedi : Bon, on ne voit pas les choses en terme de pourcentage, ou les chiffres… Ce n’est pas ce qui importe, mais je crois que c’est déjà dans le projet de société de l’UDPS ; le quel lutte pour la démocratie et l’état de droit. Je crois que ce mot Etat de droit qui résout tous ces problèmes. Cela ne veut pas dire que quand on aura l’état de droit, donc la sécurité sera absolue, totale… Ce n’est pas du tout cela, il y a la faiblesse humaine, et il y a énormément d’autres intérêts en jeux, mais du fait que c’est en état de droit, toute violation du droit sera sanctionnée par la loi, c’est ce qu’il faut demander d’un état de droit… Il ne faut pas parler d’avoir la peur ou de la perfection en ce qui est de la sécurité.

 

Christian Kanonga : Vous vous êtes engagé dans la politique active depuis plus de 44 ans. Vous avez, sans doute, eu l’opportunité de diriger le pays, ayant travaillé dans différents gouvernements que le pays a connu. Quelles sont, donc au delà de la lutte que nous connaissons tous pour la démocratie, -quelles sont les réalisations de Monsieur Etienne Tshisekedi wa Mulumba en politique ?

 

Etienne Tshisekedi : Je ne vais pas étaler tout cela et en faire une sorte de bilan. Moi je crois que nous avons passé une période d’apprentissage ou nous avons marché reculons ou on a commis des erreurs comme des actes positifs, mais, cela fait parti de l’apprentissage, l’important est que mon parti et moi avons contribué à ce que notre pays soit un état normal. Parce qu’on ne doit pas croire parce que nous qui avions lutté pour ce pays, nous voulions faire du Congo un état extraordinaire, non ! Nous voulions être seulement un état comme partout dans le monde. Nous allons avec le niveau de la technologie que nous avons, et avec la solidarité internationale, lutter contre la pauvreté et mener le travail du développement de notre pays.

 

Christian Kanonga : Parlant de votre parti l’UDPS, vos détracteurs vous accusent de l’avoir ethnicisé, si je peu utiliser ce terme, et ils disent qu’il n y aurait pas de débats au sein du parti. Comment répondez-vous à ces allégations ?

 

Etienne Tshisekedi : C’est difficile à dire. Je défie qui que ce soit de démontrer par de cas concrets ce qu’ils entendent par ethniciser. Au moment où je vous parle, nous sommes le seul parti qui couvre l’ensemble du territoire national. Et si mon parti et ma personne sommes populaires, ce n’est pas parce que tous les congolais depuis le sein de leurs mamans sont de l’UDPS comme par le MPR-Parti-Etat [Rires...] mais tout simplement parce que les gens ont trouvé que ce que j’ai fait vaut la peine d’être loué. Et cela je ne peux que le mettre au compte de la démocratie et de la liberté, il n’y a pas de limites sur personne.

 

 

VOLUME 3 : LA TECHNOLOGIE ET LE DEVELOPEMENT AU CONGO

 

 

Franklin Katunda : Si jamais tous les cadres qui évoluent dans la diaspora décident de rentrer pour travailler dans un nouveau gouvernement issu des élections…Que feriez vous pour pouvoir leur doter de la même technologie dont ils se servent ici, sur place au Congo?

 

Etienne Tshisekedi : D’abord quand vous dites cela, je ne sais pas si vous avez voulu dire qu’ils veulent tous travailler dans le gouvernement…

 

Franklin Katunda : Non, je voulais dire au pays en général.

 

Etienne Tshisekedi : Mais au pays, c’est ce que nous souhaitons! Je dis tout simplement qu’il ne faut pas que cela soit perçu comme un appel de Tshisekedi, comme si ces gens étaient des étrangers qui reviendraient travailler comme techniciens dans leurs propres pays. C’est pour cela que je dis qu’il y ait le devoir que j’affirme que nous nous sommes battus pour que le Congo connaisse le progrès et le développement, il ne faut pas présenter les choses comme s’il faille des conditions, une fois que l’on aura établi l’état de droit, il est du devoir de tout celui qui aime le pays de revenir investir au pays. C’est pourquoi je parle du patriotisme. Il ne faut pas que l’on présente tout cela comme des conditions qu’il faut remplir au préalable.

 

Franklin Katunda : Les investisseurs étrangers ont été plusieurs fois effrayés par le déroulement de la situation politique au Congo au fil des ans. Si votre parti gagne et que vous alliez au pouvoir, croyez-vous vraiment amener la confiance auprès des investisseurs pour rentrer au Congo?

 

Etienne Tshisekedi : Oui, parce que je vous ai dit et je le répète nous allons mettre sur pieds un état de droit comme chez ces investisseurs-là, nous n’aurons pas moindres conditions pour satisfaire les exigences d’un investisseur. C’est la première des choses. Deuxièmement, je ne crois pas que les investisseurs viennent pour nos beaux yeux ; ils recherchent l’argent et au Congo il y a tout ce que tout le monde recherche : l’argent.

 Au Congo il y a tout ce qu’on peut chercher à travers le monde pour faire de l’argent. Alors, le Congo ne fera qu’en profiter plus il fait de l’argent plus ils créent [les investisseurs] des emplois, et plus ils participent à l’enrichissement et au développement du pays.

 

Franklin Katunda : Président, les lecteurs de Congoboston ne savent pas qui sont les dirigeants de l’UDPS/Boston. Un mot de votre part ?

 

Etienne Tshisekedi : Mais justement, la philosophie fondamentale de l’UDPS est qu’autant la dictature a chosifié le congolais, le rendant pire qu’un animal, autant l’UDPS veut rendre le congolais responsable et conscient de son devoir à l’égard de sa patrie. Par conséquent l’UDPS ne désigne jamais dans la politique de son implantation. Le parti compte plus sur le sens de responsabilité d’une seule personne acquise à l’UDPS, et qui profitera des ses rencontres interpersonnelles avec les autres congolais pour leur parler de l’adhésion à l’UDPS. Une fois qu’ils sont une bonne quinzaine, c’est cette quinzaine qui va constituer la section ou la cellule ici de Boston. Contrairement à chez nous où les localités constituent les sous cellules, les quartiers sont des cellules et les communes sont des sections ainsi de suite. Alors cette section pourra se réunir en assemblée pour élire son comité. Tout ce qu’ils doivent faire sera d’établir un Procès verbal de ces élections et d’adresser une lettre d’information à la direction politique, disant qu’à Boston, nous avons élu un comité qui se compose de la manière suivante. Contrairement au MPR Parti Etat, nous faisons le mouvement inverse du bas vers le haut. Et puis durant la rencontre de l’autre fois, les combattants m’on dit qu’ils sont restés longtemps sans comité et qu’après moi, ils doivent se réunir pour établir un comité. Alors, vous comme moi saurons la composition du comité.

 

Franklin Katunda : Voila pour terminer, Monsieur le président, vous êtes le leader de l’UDPS, symbole de l’opposition radicale au Congo, vous êtes défenseur du droit de l’homme et des libertés du citoyen africain noir. Nous sommes très émus de vous poser ces questions pour le compte de nos lecteurs à travers l’Amérique, l’Europe et le monde entier. Cela constituera les annales de l’histoire du Congo pour les fils et grands fils du citoyen congolais. Nous vous remercions pour votre temps. A Congoboston, nous ne faisons pas « l’information pour l’information », mais nous essayons d’être un cercle de réflexion pour aider ceux qui ont quitté le pays un peu longtemps de réfléchir sur les voies et moyens à apporter assistance de toute forme qu’elle soit au pays. Nous pensons qu’une fois que nous avons l’opportunité, nous ne manqueront pas de contacter les dirigeants de votre parti au Congo et les dirigeants de cellule de l’UDPS, ici aux Etats-Unis pour une information quelconque.

 

Etienne Tshisekedi : Je remercie Congoboston et je vous remercie, personnellement, entant que communicateurs dans la diaspora congolaise ; Et je vous encourage à continuer dans ce travail qui va mener le peuple congolais à sa maturité.

 

 Je vous souhaite beaucoup de succès pour l’avenir de votre métier le quel vous avez choisi, vous-même, sans y avoir un avantage quelconque.

 

 

 Cette Interview a été réalisée par Franklin Katunda, Editeur-en-chef et par Christian Kanonga, Editeur de la page politique.

 

 (c) Tous droits strictement reservés. Congoboston, Decembre 2004

 

 

 

 

  

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